DECLARATION SUR LA SITUATION EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

La République démocratique du Congo se trouve aujourd’hui à un tournant critique de son histoire. Alors que la partie orientale du pays est en proie à une guerre persistante, marquée par des pertes massives en vies humaines, des déplacements de populations et une déstabilisation profonde du tissu social, une initiative de révision constitutionnelle émerge dans le débat politique national.

Cette démarche intervient dans un contexte où l’urgence devrait être exclusivement consacrée à la défense de l’intégrité territoriale, à la protection des populations civiles et à la restauration de la paix.

Depuis les déclenchements de cette énième guerre du Congo, l’Est de la RDC demeure le théâtre d’une instabilité chronique, alimentée par des groupes armés, des intérêts économiques liés à l’exploitation des ressources naturelles et l’implication d’acteurs extérieurs. Parmi ces dynamiques, le rôle du régime dirigé par Paul Kagame a été largement documenté par plusieurs rapports internationaux, mettant en lumière des formes d’ingérence qui contribuent à prolonger le conflit.

Dans ce contexte de guerre non résolue, engager une réforme constitutionnelle ne peut être considéré comme une priorité nationale. Une telle initiative détourne l’attention des enjeux vitaux et fragilise la cohésion indispensable à toute réponse efficace à la crise sécuritaire.

L’esprit du constituant congolais, tel qu’exprimé dans la Constitution en vigueur, repose sur un principe fondamental : la préservation de l’ordre constitutionnel en période de crise majeure. Ce principe n’est pas anodin. Il traduit la conscience que, dans des circonstances exceptionnelles, notamment en temps de guerre, les conditions d’un débat démocratique libre, apaisé et inclusif ne sont pas réunies. Modifier la Constitution dans un tel contexte revient à exposer le pacte fondamental de la nation à des logiques de circonstance, au risque de compromettre son caractère consensuel et sa légitimité.

Au-delà de sa temporalité, cette initiative soulève une inquiétude majeure quant à ses motivations profondes. Dans de nombreux contextes comparables, les révisions constitutionnelles engagées en période de tension ont souvent servi de levier pour prolonger le pouvoir en place. Cette perception, qu’elle soit fondée ou non, suffit à fragiliser la confiance des citoyens et à alimenter un climat de suspicion. Elle est d’autant plus préoccupante dans un contexte où des signaux de restriction des libertés publiques et de pression sur les voix critiques ont été observés.

Face à ces enjeux, il est impératif de rappeler que la démocratie ne se mesure pas uniquement à l’existence de textes constitutionnels, mais à leur respect, à leur stabilité et à leur capacité à refléter l’intérêt général.

La République démocratique du Congo n’a pas aujourd’hui besoin d’une nouvelle Constitution. Elle a besoin d’un engagement renouvelé en faveur de la paix, de la sécurité et de la bonne gouvernance.

Nous appelons :

  • Les autorités congolaises à faire preuve de responsabilité en suspendant toute initiative de révision constitutionnelle dans le contexte actuel ;
  • Les forces politiques et sociales à privilégier l’unité nationale face à la crise sécuritaire ;
  • La communauté internationale à soutenir les efforts de stabilisation tout en veillant au respect des principes démocratiques.

Dans un pays confronté à une guerre persistante, à des souffrances humaines profondes et à des défis structurels majeurs, la priorité ne saurait être la redéfinition des règles du pouvoir.

Elle doit être la protection du peuple.

Toute tentative de modification constitutionnelle en temps de crise porte en elle le risque de fragiliser davantage une nation déjà éprouvée. L’histoire récente montre que les démocraties ne s’effondrent pas seulement sous les coups de la violence, mais aussi sous l’effet de réformes inopportunes qui affaiblissent leurs fondements.

Aujourd’hui plus que jamais, la République démocratique du Congo a besoin de stabilité, de responsabilité et de fidélité à l’esprit de sa Constitution.

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DECLARATION ON THE SITUATION IN THE DEMOCRATIC REPUBLIC OF THE CONGO

The Democratic Republic of the Congo is today at a critical turning point in its history. While the eastern part of the country remains gripped by a persistent war—marked by massive loss of life, widespread displacement, and deep destabilization of the social fabric—an initiative to revise the Constitution has emerged in the national political debate.

This initiative comes at a time when urgency should be focused exclusively on defending territorial integrity, protecting civilian populations, and restoring peace.

Since the outbreak of this latest war in the Congo, the eastern region has remained the scene of chronic instability, fueled by armed groups, economic interests tied to the exploitation of natural resources, and the involvement of external actors. Among these dynamics, the role of the regime led by Paul Kagame has been widely documented in several international reports, highlighting forms of interference that contribute to prolonging the conflict.

In this context of unresolved war, engaging in constitutional reform cannot be considered a national priority. Such an initiative diverts attention from vital issues and weakens the cohesion necessary for any effective response to the security crisis.

The spirit of the Congolese constitutional framework, as expressed in the current Constitution, is based on a fundamental principle: the preservation of constitutional order during major crises. This principle is not incidental. It reflects the understanding that, in exceptional circumstances—particularly in times of war—the conditions for a free, calm, and inclusive democratic debate are not present. Amending the Constitution in such a context risks exposing the nation’s foundational pact to circumstantial interests, potentially undermining its consensual nature and legitimacy.

Beyond its timing, this initiative raises serious concerns about its underlying motivations. In many comparable contexts, constitutional revisions undertaken during periods of tension have often served as a means to extend the tenure of those in power. This perception—whether founded or not—is enough to erode public trust and foster a climate of suspicion. It is all the more troubling in a context where signs of restrictions on public freedoms and pressure on critical voices have been observed.

In light of these challenges, it is essential to recall that democracy is not measured solely by the existence of constitutional texts, but by their respect, their stability, and their ability to reflect the general interest.

The Democratic Republic of the Congo does not need a new Constitution today. It needs a renewed commitment to peace, security, and good governance.

We call on:

  • Congolese authorities to act responsibly by suspending any constitutional revision initiatives in the current context;
  • Political and social forces to prioritize national unity in the face of the security crisis;
  • The international community to support stabilization efforts while ensuring respect for democratic principles.

In a country facing a persistent war, profound human suffering, and major structural challenges, the priority cannot be the redefinition of the rules of power. It must be the protection of the people.

Any attempt to amend the Constitution in times of crisis carries the risk of further weakening an already strained nation. Recent history shows that democracies do not collapse only under the force of violence, but also through ill-timed reforms that erode their foundations.

Today more than ever, the Democratic Republic of the Congo needs stability, responsibility, and fidelity to the spirit of its Constitution.

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